Simplification médiatique : une image réductrice de la santé active
Dans l’espace public, le sport « visible » est souvent celui des compétitions, des exploits ou des rassemblements collectifs. Médias, campagnes d’affichage, communications institutionnelles mettent fréquemment en scène des images de personnes en tenue de sport, transpirant lors d’une séance intense, ou franchissant une ligne d’arrivée.
Cette représentation évince la majorité des formes d’activité physique qui n’entrent pas dans ce cadre : entretien du potager, déplacements à vélo pour faire ses courses, temps passé à jouer à l’extérieur… Ces activités ordinaires, pourtant majeures dans la prévention des maladies chroniques, sont beaucoup moins médiatisées.
Un héritage culturel : sport, vecteur de performance et de valeurs
En France comme dans de nombreux pays occidentaux, le sport est porteur de valeurs positives : dépassement de soi, esprit d’équipe, fair-play, hygiène de vie (Larqué, 2016, La fabrique du sportif). Cette reconnaissance sociale tend à placer le sport au sommet de la hiérarchie des pratiques actives, parfois au détriment des activités jugées « ordinaires » ou « utilitaires ».
Parler de « faire du sport » est valorisé. A contrario, marcher pour aller acheter du pain ou jardiner est rarement perçu comme « suffisant ». Ce phénomène façonne les discours publics et les modèles d’identification.
Un flou lexical dans les campagnes de santé
Les campagnes de prévention lancées par divers organismes – assurances, Sécurité sociale, fédérations sportives – entretiennent inconsciemment la confusion. Le message « pratiquer une activité physique régulière » devient, dans la bouche du grand public ou de certains relais, « faire du sport », ce qui est plus marquant, mais souvent plus intimidant.
Or, l’activité physique suffisante pour la santé ne suppose pas obligatoirement une activité sportive formelle. Selon l’Haute Autorité de Santé (2019), accumuler 30 minutes de marche rapide la plupart des jours de la semaine suffit à obtenir des bénéfices nets sur la santé, même sans inscription en club.