28/06/2026

Faut-il compter le jardinage, le bricolage et les tâches domestiques comme activité physique ?

Dans un contexte où sédentarité et inactivité préoccupent de plus en plus les professionnels de santé, les gestes du quotidien comme le jardinage, le bricolage ou les tâches ménagères suscitent de nombreuses questions quant à leur valeur en tant qu’activité physique. Nous nous attachons ici à clarifier leur rôle réel pour la santé :
  • Le jardinage, le bricolage et les tâches domestiques sollicitent le corps, mais leur intensité et leur durée sont très variables.
  • Ils peuvent répondre, dans certaines conditions, aux critères de l’activité physique recommandée par l’OMS.
  • Leur capacité à prévenir les effets de la sédentarité dépend de leur fréquence, de leur intensité et de leur intégration dans une routine globale.
  • Si elles ne remplacent pas toujours l’activité physique planifiée, ces activités sont de réels leviers pour réduire l’inactivité et favoriser la mobilité.
  • Comprendre la distinction entre bouger au quotidien et pratiquer une activité physique ciblée est essentiel pour faire des choix adaptés à sa santé.

Qu’entend-on exactement par « activité physique » ?

Avant de se pencher sur les gestes du quotidien, il est fondamental de bien cerner la définition de l’activité physique. Selon l’OMS, “l’activité physique désigne tout mouvement produit par les muscles squelettiques, responsable d’une augmentation de la dépense énergétique”. Elle couvre donc toutes les formes de mouvement : l’exercice, mais aussi les déplacements actifs (marche, vélo), les loisirs actifs, le travail physique, ou encore… les activités domestiques.

Ainsi, du point de vue biomécanique et énergétique, tondre la pelouse, porter une charge de bois, récurer un sol ou repeindre un mur représentent bel et bien des activités physiques. Mais l’enjeu, du point de vue de la santé, n’est pas simplement de bouger : c’est d’atteindre une intensité, une durée et une fréquence suffisantes pour produire des bénéfices concrets, comme la prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète ou encore de certains cancers (Inserm, 2019 : source).

Ce que disent les recommandations officielles

Les recommandations internationales sont relativement claires : pour les adultes, l’OMS préconise chaque semaine

  • au moins 150 à 300 minutes d’activité physique d’intensité modérée,
  • ou 75 à 150 minutes d’activité d’intensité élevée,
  • ou une combinaison des deux.

L’intensité modérée est celle où l’on peut parler sans être essoufflé mais où le rythme cardiaque s’accélère (par exemple, la marche dynamique, le jardinage énergique, l’époussetage rapide). L’intensité élevée fait référence à des activités où parler devient difficile du fait de l’essoufflement (course à pied, ménage vigoureux, transport de charges lourdes).

Ces recommandations incluent expressément les “tâches domestiques ou professionnelles modérées à intenses”, à condition que l’effort soit continu, suffisamment intense et reproduit sur la durée (OMS, 2020 : source). Cela signifie que si le temps passé à jardiner, bricoler ou nettoyer est suffisant – et assez “physique” dans l’exécution – il compte bel et bien !

Jardinage, bricolage, tâches domestiques : quelle dépense physique réelle ?

Pour quantifier l’effort, les scientifiques utilisent une unité simple : l’équivalent métabolique du travail (MET, pour Metabolic Equivalent of Task). Cette mesure compare la dépense énergétique d’une activité à celle du métabolisme de repos :

  • 1 MET = état de repos
  • Entre 3 et 6 METs = activité d’intensité modérée
  • Au-delà de 6 METs = intensité élevée

Voici quelques exemples illustratifs :

ActivitéMETs moyensCatégorie
Jardiner (désherber, bêcher au sol)4 à 5Modéré
Tondre la pelouse (manuel)5 à 6Modéré à élevé
Bricoler (poncer manuellement, peindre un plafond)3,5 à 5Modéré
Ménage intensif (laver les sols à la main, porter des charges lourdes)4,5 à 6Modéré à élevé
Cuisine, repassage, vaisselle2 à 2,5Léger
D’après la Compendium of Physical Activities (Ainsworth et al., 2011 : source).

Certaines tâches sont donc considérées comme des “vraies” activités physiques d’un point de vue énergétique, dès lors qu’elles impliquent un effort soutenu, mobilisent plusieurs groupes musculaires, entraînent un léger essoufflement ou une augmentation sensible du rythme cardiaque.

Bouger partout… ou vraiment “s’activer” ? Les limites à connaître

Il importe toutefois de distinguer l’activité physique, même légère, de ce que l’on appelle la “sédentarité” : il s’agit d’un état caractérisé par une dépense énergétique proche de celle du repos (<1,5 MET, par exemple regarder la TV, lire, travailler sur ordinateur).

Le problème dans de nombreux gestes du quotidien – en ville surtout – est qu'ils sont chroniquement entrecoupés de périodes statiques (ex : vaisselle → assise ; repassage → déplacement court). Ainsi, leur contribution à la dépense physique totale peut vite devenir marginale si l’effort n’est ni prolongé, ni suffisamment intense.

Par ailleurs, les études montrent que les personnes surestiment souvent l’intensité réelle de leur activité quotidienne (Peeters et al., 2015). Par exemple, passer l’aspirateur ou arroser les plantes sont fréquemment perçus comme “sportifs”, alors qu’ils n’atteignent pas toujours les niveaux requis pour obtenir tous les bénéfices de santé associés à l’activité physique modérée.

Ceci explique pourquoi les recommandations insistent sur la régularité, la progression et la diversification des efforts, pour dépasser la simple accumulation de petits mouvements.

Le jardinage et le bricolage : des atouts santé, à la condition de s’y engager vraiment

Cela dit, le jardinage et le bricolage présentent de nombreux atouts lorsqu’ils sont pratiqués de façon engagée. Jardiner implique souvent de s’accroupir, de se pencher, de pousser, de tirer, de soulever : ces mouvements variés sollicitent

  • les muscles des jambes et du tronc (épaules, dos, abdominaux),
  • l’équilibre et la proprioception,
  • le système cardio-respiratoire (quand les efforts sont prolongés).

Des études montrent une réduction du risque de mortalité et des maladies chroniques chez les personnes qui pratiquent régulièrement le jardinage ou le bricolage, surtout après 60 ans (Odegaard et al., 2012, source). Pour les seniors ou les personnes plus sédentaires, ce sont des moyens accessibles de lutter contre la perte musculaire (sarcopénie), de préserver la souplesse articulaire et de maintenir une autonomie fonctionnelle.

Leur dimension extérieure (pour le jardinage) et la satisfaction d’un travail concret sont aussi bénéfiques pour la santé mentale : réduction du stress, sentiment d’utilité, stimulation cognitive (Niemann et al., 2005).

Les tâches ménagères : utiles, mais assez physiques ?

Les tâches domestiques oscillent entre efforts parfois non négligeables (monter des charges, nettoyer vigoureusement une pièce entière, faire les vitres) et gestes très doux (plier du linge, s’occuper de la vaisselle). Selon la manière dont elles sont effectuées, elles peuvent donc constituer – ou non – une activité physique significative.

  • Les activités type “ménage de printemps”, qui durent plus de 30 min à rythme soutenu, se rapprochent de l’activité modérée.
  • Des tâches brèves et peu intenses, espacées dans la journée, ont un effet limité sur la condition physique.

Pour la population générale, on estime que les tâches ménagères seules (telles qu'elles sont couramment réparties) ne suffisent pas à atteindre les recommandations de l’OMS, mais elles y contribuent utilement, surtout lorsqu’elles sont effectuées de manière dynamique, enchaînée et sans trop d’interruptions.

Faut-il compter ces activités dans “son” quota d’activité physique ?

En résumé, la réponse dépend principalement :

  • de l’intensité : il faut atteindre le niveau “modéré” (légère accélération du souffle, éventuellement transpiration modérée…)
  • de la durée cumulative : il ne s’agit pas de quelques minutes isolées, mais d’activités prolongées (au moins 10 minutes d’affilée selon la plupart des méthodologies), régulièrement dans la semaine
  • de la régularité et de la variété : marcher un jour et jardiner le lendemain, bricoler vigoureusement deux fois par semaine, etc.

L’Autorité de santé publique anglaise (NHS, source) recommande explicitement d’inclure ces activités… mais en gardant à l’esprit qu’elles ne se valent pas toutes. Le bricolage ou la tonte manuelle sont ainsi plus “physiques” que le rangement de table ou la préparation du repas.

Dans tous les cas, il vaut mieux privilégier des séances où le corps est engagé globalement, où l’effort est maintenu sans trop d’interruptions et où l’on ressent une vraie stimulation musculaire ou cardio-respiratoire.

Quelle place dans une routine saine et active ?

Le principal intérêt de ces activités tient à leur facilité d’intégration dans la vie quotidienne. Pour toutes celles et ceux qui n’aiment pas (ou ne peuvent pas) pratiquer un sport formel, elles permettent :

  • d’interrompre régulièrement la sédentarité tout au long de la journée,
  • d’entretenir sa capacité physique de base,
  • de rester « acteur » de ses mouvements au quotidien.

Néanmoins, la science rappelle qu’elles ne remplacent pas totalement les bénéfices d’une activité physique structurée et planifiée, notamment sur le plan cardiovasculaire, musculaire et sur la “réserve fonctionnelle” (la capacité à mobiliser intensément le corps en cas de besoin).

Pour certaines personnes âgées ou fragiles, cependant, ces activités peuvent représenter l’essentiel — voire la totalité — de leur activité physique. Il est alors essentiel de rendre ces moments plus dynamiques, par exemple :

  • en enchaînant plusieurs tâches sans pause prolongée,
  • en variant les mouvements et les amplitudes,
  • en effectuant les gestes avec plus de vigueur (ramassage, nettoyage énergique, rangement)

Une approche réaliste et accessible pour tous

Jardinage, bricolage, tâches domestiques : loin d’être négligeables, ces activités constituent une précieuse porte d’entrée vers davantage de mouvement. Leur principal atout réside dans leur accessibilité et leur lien direct avec le quotidien. Pour ceux qui manquent de temps, d’envie ou de moyens d’accéder à un club sportif, il n’est ni futile ni inutile de “compter” ces mouvements – sous réserve de chercher à les engager réellement, régulièrement et en conscience.

Nous insistons néanmoins sur l’importance de la diversité : rien n’empêche d’intégrer, à côté de ces efforts “utilitaires”, des moments dédiés à la marche active, à la mobilité, au renforcement musculaire ou à la détente posturale.

Le mouvement est un continuum, et toute tentative pour le remettre au cœur de sa vie compte. Plutôt que d’opposer pratiques sportives et gestes du quotidien, il est possible — et souvent souhaitable — de combiner les deux, pour composer une routine adaptée à son âge, à sa condition, à ses envies et à ses contraintes.

Le plus important : ne jamais sous-estimer les bénéfices – parfois modestes mais réels – de chaque mouvement engagé. Car c’est en cumulant ces moments d’activité, petits ou grands, choisis ou imposés, qu’on tisse, jour après jour, un mode de vie plus actif, solide et durable.

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